Le « F » dans le bilan ABCDE : Entre rigueur académique et réalité du terrain
Dans l'enseignement standardisé du sauvetage des blessés graves (ATLS, PHTLS), l'algorithme s'arrête officiellement à la lettre E (Exposure). Pourtant, pour les praticiens de la STAARMUC confrontés à des cinétiques violentes, la question d'un « F » se pose souvent. Pourquoi n'est-il pas officiel, et pourquoi est-il pourtant indispensable d'y penser ?
Pourquoi le « F » est-il exclu du protocole primaire ?
Le protocole ABCDE (comme le protocole MARCHE) est une hiérarchie de survie basée sur le concept : « Traiter ce qui tue en premier ». L'exclusion des fractures du bilan primaire répond à une logique de priorité absolue :
- La temporalité : Une obstruction des voies aériennes (A) tue en 3 minutes, une détresse respiratoire (B) en 10 à 20 minutes. Une fracture de jambe, bien qu'impressionnante, ne tue pas immédiatement.
- La focalisation : Ajouter des lettres supplémentaires risque de distraire l'intervenant de la recherche de détresses vitales occultes.
Cependant, une fois le patient stabilisé (fin du "E"), le passage au F devient le pont nécessaire vers le bilan secondaire.
Le « F » comme « Fractures » et « Faisceau de lésions »
Dans le cadre d'accidents à haute énergie, le F représente l'examen systématique du squelette. Il ne s'agit plus de survie immédiate, mais de prévention des séquelles et des complications systémiques.
Quand faut-il impérativement l'intégrer ?
L'examen du squelette est crucial dans plusieurs scénarios cinétiques :
- Les Accidents de la Voie Publique (AVP) : Chocs frontaux avec intrusion du tableau de bord (fractures bilatérales des fémurs), ou impacts latéraux (fractures complexes du bassin).
- Les Chutes de hauteur (Défenestrations, d'escabeau, dans les escaliers...) : Elles associent souvent des fractures calcanéennes, des tassements vertébraux et des traumatismes du bassin par transmission d'énergie.
- Les Effets du Blast (Explosions) :
- Blast tertiaire : Le corps est projeté contre un obstacle, causant des fractures multiples.
- Blast quaternaire : Éboulements et écrasements (Crush Syndrome) nécessitant une attention particulière à l'intégrité des membres.
L'importance du diagnostic précoce du squelette
Penser au « F », c'est anticiper trois risques majeurs qui pourraient faire basculer le patient à nouveau dans l'instabilité (le cercle vicieux du Damage Control) :
- L'Hémorragie occulte : Un bassin instable ou un fémur fracturé peut relancer un choc hémorragique initialement compensé.
- L'Embolie graisseuse : La mobilisation intempestive d'un membre long non stabilisé peut libérer de la moelle graisseuse et provoquer une détresse respiratoire secondaire.
- Les lésions vasculo-nerveuses : Une fracture déplacée peut comprimer une artère ou un nerf, engageant le pronostic fonctionnel du membre (ischémie aiguë).
4. Conclusion : Vers une prise en charge spécialisée
Le « F » n'est pas une fin en soi, mais une porte d'entrée vers les protocoles de soins spécifiques. Si l'examen du squelette révèle une anomalie, le praticien doit alors basculer sur des stratégies dédiées :
- Atteinte du Bassin : Mise en œuvre immédiate d'une ceinture pelvienne.
- Atteinte du Fémur : Pose d'une attelle de traction et analgésie ciblée.
- Traumatismes des membres : Surveillance du syndrome des loges.