L'Incendie du 5-7 : Le Drame qui a Révolutionné la Sécurité des Français
Le 1er novembre 1970, la France s'apprête à célébrer la Toussaint. Dans une petite commune de l'Isère, Saint-Laurent-du-Pont, une discothèque récemment inaugurée baptisée « Le 5-7 » s'apprête à accueillir des centaines de jeunes. Personne ne se doute que dans quelques heures, ce lieu de fête se transformera en un piège de feu, entraînant la mort de 146 personnes et changeant à jamais le visage de la prévention des risques en France.
I. Qu'était le 5-7 ? L'illusion d'une modernité festive
Le 5-7 était une discothèque moderne pour son époque, située en rase campagne. Elle se présentait sous la forme d'un grand bâtiment de type "hangar" métallique, mais son aménagement intérieur se voulait avant-gardiste. Pour créer une ambiance de "grotte" psychédélique, les propriétaires avaient recouvert les murs et les plafonds d'un décor complexe fait de polystyrène expansé et de polyuréthane projeté.
Le bâtiment était structuré sur deux niveaux, reliés par des escaliers en bois. La sortie principale était équipée de tourniquets pour filtrer les entrées et s'assurer que personne ne rentrait sans payer. Ce choix architectural et organisationnel, visant la rentabilité et le design, allait devenir le principal facteur de la tragédie.
II. Le déroulement du drame : Une fulgurance mortelle
Vers 1h40 du matin, alors que l'ambiance est à son comble, le feu se déclare. L'origine la plus probable, établie par l'enquête, est la chute d'un mégot de cigarette dans les plis d'un fauteuil en mousse, ou un court-circuit au niveau du système d'éclairage.
Ce qui aurait pu être un début d'incendie maîtrisable est devenu un enfer instantané en raison de la nature des matériaux :
- La propagation : Le polyuréthane au plafond a fondu, se transformant en une pluie de feu liquide sur les danseurs.
- La toxicité : En brûlant, les plastiques ont libéré des nuages de gaz hautement toxiques (notamment du cyanure et du monoxyde de carbone), provoquant la perte de connaissance des victimes en quelques secondes.
- Le black-out : Très vite, l'électricité est coupée, plongeant les lieux dans une obscurité totale, seulement percée par les flammes.
III. Un bilan humain bouleversant
Le bilan est l'un des plus lourds de l'après-guerre pour un incendie civil.
- Morts : 146 personnes ont péri, la plupart par asphyxie ou piétinement avant d'être atteintes par les flammes.
- Blessés : Une dizaine de survivants seulement, souvent gravement brûlés.
- Âge des victimes : La tragédie a touché une génération entière. La majorité des victimes étaient des jeunes âgés de 16 à 25 ans, venus des villages environnants et de la ville de Chambéry. Cette jeunesse des victimes a provoqué un immense traumatisme national.
IV. Les circonstances aggravantes : Un piège mécanique
Si l'incendie a été si meurtrier, c'est parce que l'évacuation a été rendue impossible par une série de décisions humaines catastrophiques :
- Les tourniquets bloqués : Les tourniquets de l'entrée ne tournaient que dans le sens des entrées. Dans la panique, les jeunes se sont amassés contre ces dispositifs qui refusaient de reculer.
- Les sorties de secours condamnées : Pour éviter les resquilleurs qui entraient par les issues de secours, les gérants avaient pris l'habitude de les verrouiller à clé ou de les condamner avec des barres de fer.
- L'absence de téléphone : La discothèque n'avait pas de ligne téléphonique installée. Les secours n'ont été prévenus que par un rescapé ayant dû conduire plusieurs kilomètres pour trouver un poste de téléphone.
V. Les conséquences : La naissance de la réglementation ERP
Le choc provoqué par le drame du 5-7 a conduit l'État français à une refonte totale et radicale de la sécurité incendie. Ce drame est la cause directe de la réglementation actuelle sur les Établissements Recevant du Public (ERP).
1. La classification des matériaux
C'est à la suite de ce drame que des normes strictes sur la réaction au feu des matériaux de décoration et d'aménagement ont été imposées. Le polyuréthane non protégé a été banni des lieux accueillant du public. Les matériaux sont désormais classés (M0 à M4) selon leur inflammabilité.
2. Les issues de secours et le désenfumage
La loi a rendu obligatoire le fait que les issues de secours soient toujours déverrouillables de l'intérieur par une simple pression (barres anti-panique). De plus, des systèmes de désenfumage mécanique ou naturel ont été imposés pour évacuer les gaz toxiques, responsables de la majorité des décès au 5-7.
3. Les commissions de sécurité
Le drame a mis en lumière l'absence de contrôles. Désormais, aucun établissement recevant du public ne peut ouvrir sans l'avis favorable d'une commission de sécurité composée de pompiers, de policiers et de représentants de la préfecture. Des visites périodiques obligatoires ont été instaurées.
4. L'éclairage de sécurité
L'installation de blocs autonomes d'éclairage de sécurité (BAES), qui permettent de visualiser les sorties même en cas de coupure de courant, est devenue une norme absolue.
Conclusion : Le devoir de mémoire pour la sécurité
Pour les professionnels de la STAARMUC, l'incendie du 5-7 reste un cas d'école en médecine de catastrophe et en gestion des risques. Il démontre que l'accident est une "syndémie" de négligences : un décor inflammable, une sécurité verrouillée pour des raisons financières et une absence de secours immédiats. Aujourd'hui, chaque fois que nous franchissons une porte de secours équipée d'une barre de poussée ou que nous voyons un détecteur de fumée, nous bénéficions des leçons tragiquement apprises ce soir de novembre 1970.