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La Protection : Sécuriser pour ne pas devenir une Victime supplémentaire

 

Dans l'urgence absolue d'une situation d'accident ou de détresse médicale, le premier réflexe humain est souvent d'ordre émotionnel : se précipiter directement vers la personne qui souffre pour lui porter assistance. Pourtant, le référentiel national et international du secourisme, enseigné et soutenu avec rigueur par la STAARMUC, est formel et catégorique : la protection doit impérativement précéder toute action de secours. Au Togo comme partout ailleurs, où les accidents de la circulation routière, les risques industriels, les incendies domestiques et les mouvements de foule représentent des menaces quotidiennes, une intervention précipitée sans analyse préalable du contexte peut rapidement transformer un incident localisé en un drame multiple à grande échelle.

Protéger ne consiste pas simplement à observer son environnement de façon passive ; il s'agit d'une démarche active, systématique et rigoureuse d'analyse des risques. L'objectif fondamental de cette étape liminaire est d'évaluer minutieusement les dangers réels ou potentiels qui menacent le sauveteur lui-même, la victime vulnérable et les témoins présents sur les lieux. En maîtrisant ces périls environnants, le secouriste évite ce que la médecine d'urgence désigne sous le terme redouté de « suraccident » — cette chaîne d'événements tragiques où les intervenants deviennent eux-mêmes des victimes supplémentaires, paralysant ainsi l'ensemble du dispositif d'aide.

 

La Protection du Sauveteur : La règle d'or abolue

Avant d'envisager le moindre geste d'urgence, qu'il s'agisse de la vérification de la respiration, du massage cardiaque ou de l'arrêt d'une hémorragie, le sauveteur doit comprendre qu'il constitue le maillon le plus précieux et le plus essentiel de la chaîne des secours. Si l'intervenant se blesse, perd conscience ou se retrouve neutralisé par un danger non identifié, la chaîne d'intervention s'effondre immédiatement. Non seulement la victime initiale se retrouve privée d'assistance immédiate, mais les services de secours professionnels — qu'il s'agisse des sapeurs-pompiers, des équipes du SAMU ou des secours médicaux d'urgence — devront consacrer une partie importante de leurs effectifs et de leurs ressources pour extraire et traiter l'intervenant imprudent.

C'est pour cette raison cruciale que la première question que doit se poser toute personne témoin d'un drame est : « Puis-je intervenir sans mettre ma propre vie ou mon intégrité physique en danger ? ». Cette prise de recul, loin d'être un acte de couardise ou d'hésitation, constitue au contraire l'acte fondateur de tout secours efficace. Elle implique de faire un bilan visuel rapide de l'environnement immédiat : présence de fils électriques dénudés ou tombés au sol, risque d'explosion ou d'embrasement, présence de gaz toxiques incolores et inodores, circulation routière non régulée, instabilité d'un véhicule ou effondrement imminent d'une structure. Tant que le danger subsiste et qu'aucune mesure de sécurisation n'est possible, le sauveteur doit garder ses distances et interdire l'accès à la zone d'intervention.

 

L'Évaluation Permanente du Danger Environnant

L'analyse de la scène de l'accident ne se limite pas à un simple coup d'œil furtif lors de l'arrivée sur les lieux. Il s'agit d'un processus dynamique et permanent d'évaluation des risques. Les conditions environnementales peuvent en effet évoluer très rapidement sur un théâtre d'opérations d'urgence. Par exemple, une flaque de carburant épandue sur la chaussée à la suite d'une collision routière peut s'enflammer brutalement à la moindre étincelle causée par le frottement d'un véhicule qui passe ou par une cigarette allumée par un curieux. De même, un véhicule instable arrêté au bord d'un ravin ou sur une pente prononcée peut basculer sous le simple effet du poids du sauveteur qui s'en approche.

L'analyse méthodique de l'environnement doit s'articuler autour de la recherche systématique de plusieurs catégories majeures de périls :

  • Les risques liés à la circulation et aux transports : Véhicules arrivant à grande vitesse, absence de visibilité dans un virage ou au sommet d'une côte, véhicules de transport de matières dangereuses identifiables par leurs plaques orange.
  • Les risques d'origine électrique : Lignes de haute ou basse tension rompues, armoires électriques endommagées, présence d'eau à proximité d'un appareil sous tension.
  • Les risques chimiques, gazeux et incendie : Émanations de monoxyde de carbone dans un espace clos, fuites de gaz butane ou propane, fumées toxiques d'incendie, produits industriels corrosifs.
  • Les risques mécaniques et structurels : Éboulements de terrain, structures métalliques ou en béton menaçant de s'effondrer, machines industrielles encore en fonctionnement.
  • Les risques comportementaux et humains : Mouvements de foule paniquée, agressivité d'usagers de la route ou de tiers, présence d'animaux dangereux ou stressés à proximité immédiate de la victime.

 

La Suppression du Danger : Éliminer la Menace à la Source

Protege 4Lorsqu'un danger persistant menace la victime ou l'intervenant, la priorité absolue du secouriste, avant même de toucher la victime ou de réaliser le moindre geste de premiers secours, réside dans la suppression directe et définitive de ce danger. Cette démarche primordiale vise à altérer l'environnement hostile pour le rendre totalement sûr et permettre ainsi une prise en charge médicale optimale et sereine.

La suppression du danger ne doit toutefois être entreprise que si elle répond à un critère fondamental : elle doit pouvoir être réalisée de manière rapide, facile et sans prendre le moindre risque pour le sauveteur. Il ne s'agit en aucun cas de jouer les héros ou de s'exposer sciemment à une menace incontrôlable. Le secouriste doit agir avec méthode, discernement et sang-froid, en s'assurant que l'action entreprise neutralisera le péril immédiatement.

Les gestes clés de la suppression du danger

Selon la nature du risque identifié lors de l'analyse initiale de la scène, la suppression du danger peut prendre plusieurs formes très concrètes dans la pratique quotidienne des urgences :

  1. En cas de risque électrique dans un bâtiment ou un atelier : Couper immédiatement le disjoncteur général de l'installation ou débrancher l'appareil défectueux à sa prise d'alimentation, à condition que le commutateur soit accessible sans toucher à de l'eau ou à des surfaces métalliques sous tension.
  2. En cas d'accident de la route : Couper le contact du ou des véhicules impliqués en tournant la clé de contact ou en appuyant sur le bouton de démarrage, puis serrer le frein à main de secours. Ce geste simple permet de prévenir le déclenchement imprévu d'un incendie dû au système électrique de la batterie ou la remise en mouvement intempestive du véhicule.
  3. En cas de risque d'incendie ou de fuite de gaz : Fermer la vanne d'arrivée générale du gaz domestique ou la bouteille de butane, éteindre toutes les sources de flammes nues à proximité (cigarettes, lampes à pétrole, réchauffeurs), et interdire strictement l'utilisation de commutateurs électriques ou de téléphones portables pouvant générer des micro-étincelles explosives.
  4. En cas de présence d'un objet tranchant ou dangereux : Écarter prudemment à l'aide d'un outil adapté les débris de verre, les tôle pliées, les outils tranchants ou les aiguilles de seringue qui encombrent l'espace immédiat autour de la victime et risquent de blesser les intervenants.
  5. En cas de présence d'un animal domestique anxieux ou agressif : Isoler le chien ou l'animal dans une pièce fermée voisine ou demander à un proche de la famille de le tenir fermement en laisse à l'écart de la zone de soins.

Si la suppression du danger s'avère techniquement impossible, trop complexe ou manifestement dangereuse pour le sauveteur (par exemple, un câble électrique haute tension tombé directement sur la carrosserie d'une voiture, un incendie déjà très développé ou une fuite de gaz toxique industrielle), le secouriste ne doit sous aucun prétexte s'approcher. Sa mission consiste alors à interdire l'accès à la zone dangereuse pour l'ensemble des témoins et des curieux, à maintenir une distance de sécurité stricte et à alerter immédiatement les services de secours spécialisés (sapeurs-pompiers et équipes d'urgence) en leur précisant exactement la nature du péril incontrôlé.

L'adoption de ce réflexe professionnel permet de garantir que la zone d'intervention reste maîtrisée. Une fois le danger neutralisé à sa source, le sauveteur peut alors passer à la phase suivante de la sécurisation globale de la scène : le balisage méthodique de la zone d'intervention.

 

La Protection de la Zone (Le Balisage)

Pour assurer une sécurité optimale sur un lieu d'accident de la circulation, plusieurs mesures matérielles et organisationnelles doivent être déployées sans délai :

  • Allumer les feux de détresse (warning) : Dès votre arrivée en véhicule sur les lieux d'un accident, positionnez votre propre véhicule en amont de la zone du drame, feux de détresse allumés, pour servir d'écran protecteur et de signal lumineux.
  • Rendre le sauveteur hyper-visible : Revêtir impérativement un gilet de haute visibilité rétro-réfléchissant (gilet jaune ou orange conforme aux normes) avant même de sortir du véhicule de secours. En période nocturne, l'utilisation de lampes torches ou de balises lumineuses portatives est primordiale.
  • Positionner le triangle de présignalisation : Placer le triangle de sécurité à une distance minimale de 30 mètres en amont de l'accident sur une route secondaire, et à plus de 150 mètres sur les voies rapides ou les autoroutes. Ce triangle doit être positionné bien avant un virage ou un sommet de côte si l'accident se situe juste après une zone de visibilité réduite.
  • Mobiliser et canaliser les témoins : Si plusieurs personnes sont présentes sur les lieux sans être blessées, le secouriste peut les solliciter activement. Il convient de leur donner des consignes d'une clarté absolue : faire des signes larges et visibles à l'aide d'un gilet ou d'un linge clair pour ralentir le trafic, tout en veillant à ce que ces témoins restent toujours placés en sécurité, derrière les glissières de sécurité ou sur le trottoir.
  • Éloigner les curieux et les spectateurs : Le regroupement de curieux autour d'une victime gêne l'arrivée des véhicules d'urgence, accroît le stress de la personne blessée et expose ces personnes à des dangers collatéraux. Le sauveteur doit gentiment mais fermement demander à la foule de s'éloigner et de libérer totalement les voies d'accès.

Triangle

Branche

 

Un triangle de sécurité ou ce que l'on trouve sur place comme des branches.

 

Le Dégagement d'Urgence : L'exception absolue à la règle

En règle générale et selon tous les principes fondamentaux du secours à personne, il ne faut jamais déplacer une victime d'accident avant l'arrivée des secours médicaux spécialisés. En effet, la manipulation intempestive d'un blessé traumatisé peut aggraver considérablement des lésions cachées de la colonne vertébrale, entraîner une paralysie irréversible de la moelle épinière ou provoquer une hémorragie interne foudroyante.

Cependant, il existe une exception unique et vitale à cette règle d'or : le dégagement d'urgence. Cette manœuvre extrême ne doit être réalisée que lorsqu'une victime se trouve exposée à un danger réel, immédiat, incontrôlable et vital, et qu'il est absolument impossible de supprimer ce danger par un autre moyen.

Les conditions strictes du dégagement d'urgence

Le dégagement d'urgence ne s'improvise pas et doit répondre à trois critères cumulatifs stricts :

  1. Un danger vital et imminent : La victime est menacée à très court terme par un incendie qui se propage rapidement à la carrosserie d'un véhicule, une menace d'explosion, l'émanation massive d'un gaz toxique dans un local fermé, une montée des eaux soudaine ou l'écrasement imminent par une structure instable.
  2. Une victime totalement incapable de se soustraire elle-même au danger : La personne est inconsciente, paralysée, piégée ou dans l'incapacité physique de ramper pour se mettre à l'abri.
  3. Une intervention réalisable sans sur-risque majeur pour le sauveteur : Le secouriste estime qu'il a la force physique et le temps nécessaire pour saisir la victime et la tirer hors de la zone périlleuse avant que le drame ne se produise.

Les techniques d'exécution du dégagement

Si toutes les conditions sont réunies, le secouriste doit agir avec une rapidité extrême tout en cherchant à préserver au maximum l'axe de la tête, du cou et du tronc de la victime pour limiter les séquelles médullaires :

  • Par les chevilles ou les poignets : Saisir fermement la victime par ses deux chevilles ou par ses deux poignets et la tirer au sol en ligne droite vers une zone sécurisée. Cette méthode doit être privilégiée sur un sol relativement lisse.
  • Par la prise sous les aisselles (prise de Rick) : S'installer derrière la tête de la victime, se glisser sous ses bras, lui saisir les avant-bras repliés sur sa poitrine et la tirer en reculant vers la zone de sécurité tout en soutenant sa tête si possible.

Dès que la victime se trouve en sécurité dans la zone protégée, le dégagement s'arrête immédiatement. Le sauveteur peut alors procéder à l'évaluation des fonctions vitales (conscience, respiration) et passer l'alerte précise aux services de secours.

Deg poignets

Deg chevilles

Deg esseil

En conclusion

La prise en charge de toute situation d'urgence par un secouriste formé ou un citoyen averti doit respecter scrupuleusement une séquence logique et ordonnée. Cette chronologie rigoureuse garantit la sécurité de tous et optimise les chances de survie de la victime :

  • Approche prudente et analyse de la scène : Réfléchir avant d'agir, observer l'environnement global, identifier immédiatement les risques visibles et cachés.
  • Protection du sauveteur : S'équiper des équipements de protection individuel disponibles (gilet rétro-réfléchissant, gants de protection) et veiller à ne jamais s'exposer inutilement.
  • Suppression de la menace : Éliminer le danger à la source de façon simple, rapide et sûre (couper le contact d'un moteur, couper le disjoncteur électrique, fermer une vanne de gaz).
  • Balisage et sécurisation de la zone : Poser les triangles de signalisation, allumer les feux de détresse, canaliser la circulation et éloigner la foule.
  • Dégagement d'urgence (si et seulement si nécessaire) : Soustraire la victime inconsciente à un danger mortel immédiat et non contrôlable.
  • Alerte et secours : Appeler les services d'urgence compétents (sapeurs-pompiers, SAMU, police/gendarmerie) et dispenser les premiers soins conservatoires.

En appliquant avec rigueur cette méthode enseignée lors des formations dispensées par la STAARMUC, chaque intervenant devient un acteur efficace et responsable de la chaîne de secours. La protection n'est pas une perte de temps face à l'urgence ; elle est le socle indispensable sur lequel repose toute la sécurité de la médecine d'urgence et du secourisme moderne.