Au Togo, la gestion de l’hygiène menstruelle (GHM) est un enjeu majeur de justice éducative. On estime qu’une fille sur dix en Afrique subsaharienne manque l’école pendant son cycle menstruel par manque d'installations adaptées ou par peur des moqueries. Pour l'enseignant, briser le silence autour des règles est un levier puissant pour garantir que chaque fille puisse terminer son cycle scolaire avec dignité.
L'impact des règles sur la scolarité au Togo
Les menstruations ne sont pas qu'un processus biologique ; elles deviennent un obstacle social lorsqu'elles ne sont pas gérées :
- L'absentéisme chronique : Une fille qui s'absente 4 jours par mois perd environ 40 jours de cours par an, ce qui mène souvent à l'échec scolaire ou au décrochage.
- Le stress et la honte : La peur d'une "tache" visible sur l'uniforme kaki ou jaune crée une anxiété qui paralyse la participation en classe (peur de se lever au tableau).
- Les tabous culturels : Dans certaines communautés, les règles sont perçues comme une "impureté", isolant socialement la jeune fille au moment où elle a le plus besoin de soutien.
Le rôle de l'enseignant : Éduquer et rassurer
L'enseignant, homme ou femme, doit être une source d'information fiable pour désamorcer les complexes.
- Normaliser le sujet : Parler des règles de manière scientifique en cours de sciences (SVT) pour expliquer que c'est un signe de bonne santé.
- Inclure les garçons : Éduquer les garçons sur la biologie féminine est essentiel pour stopper les moqueries et le harcèlement liés aux fuites accidentelles.
- L'écoute active : Être capable de repérer une élève qui semble mal à l'aise ou qui demande à sortir fréquemment, et lui proposer un espace de discussion privé.
Aménager un environnement "Menstrual Friendly"
L'école doit offrir les conditions matérielles minimales pour que les filles restent en classe :
Le pilier WASH (Eau et Assainissement)
- Intimité : Des latrines séparées par sexe, avec des verrous fonctionnels pour garantir la sécurité et la discrétion.
- Point d'eau : Un accès à l'eau à l'intérieur ou à proximité immédiate des latrines pour que les filles puissent se laver et nettoyer leurs protections réutilisables.
- Gestion des déchets : Une poubelle fermée dans les toilettes des filles pour jeter les protections usagées de manière hygiénique.
Le kit d'urgence à l'école
Chaque établissement devrait disposer d'une "trousse de secours menstruelle" (à l'infirmerie ou chez une enseignante référente) contenant :
- Des serviettes hygiéniques (jetables ou protège-slips en tissu local).
- Un morceau de savon.
- Un pagne ou un uniforme de rechange en cas d'accident.
- Un antalgique léger (paracétamol) pour les douleurs menstruelles.
Les solutions locales : Les serviettes réutilisables
Le coût des protections jetables est souvent prohibitif pour les familles rurales.
- Promotion du "Made in Togo" : De nombreuses coopératives togolaises fabriquent des serviettes en tissu lavable, absorbantes et écologiques.
- Ateliers de confection : L'école peut organiser des séances où les filles (et les garçons !) apprennent à coudre des protections réutilisables à partir de tissus en coton propres. Cela valorise le savoir-faire local et réduit la dépendance financière.
Comment réagir en cas d'accident en classe ?
Si une élève a une tache de sang visible sur son uniforme :
- Discrétion absolue : L'appeler calmement à part, sans attirer l'attention du reste de la classe.
- Soutien immédiat : Lui prêter un pagne pour se couvrir et l'accompagner vers l'espace santé ou WASH.
- Encouragement au retour : Une fois changée, l'encourager à reprendre les cours pour lui montrer que cet incident naturel ne doit pas interrompre sa journée.
Conclusion :
Gérer l'hygiène menstruelle à l'école, c'est investir dans l'avenir des femmes togolaises. En transformant l'école en un lieu bienveillant et équipé, nous permettons aux filles de ne plus subir leur corps, mais de vivre leur scolarité avec force et confiance.