- Indications Impératives : Score de Glasgow ≤8, insuffisance respiratoire réfractaire, besoin de ventilation mécanique, risque majeur d'inhalation.
- La Séquence d'Intubation Rapide (SIR) : En urgence, elle vise à endormir et paralyser le patient rapidement pour intuber avant que le contenu gastrique ne puisse remonter. Elle implique l'administration séquentielle et rapide d'un sédatif (Kétamine, Étomidate) puis d'un curare (Rocuronium ou Suxaméthonium).
- Vérification post-IT : La confirmation la plus fiable est la capnographie (détection de CO2 expiré), complétée par l'auscultation pulmonaire symétrique et la visualisation de la buée dans la sonde.
Techniques de Sauvetage et Alternatives
- Dispositifs Supraglottiques (DSG) : Masques laryngés ou I-Gel. Ils sont rapides à installer et efficaces pour la ventilation, mais n'offrent pas une protection complète contre l'inhalation.
- La Cricothyroïdotomie d'Urgence : C'est la procédure de dernier recours, souvent qualifiée de "voie aérienne chirurgicale". Elle est réalisée lorsque l'intubation orale/nasale est impossible (Cannot Intubate, Cannot Oxygenate). Elle consiste à percer la membrane cricothyroïdienne pour établir une voie aérienne sous-glottique.
B. Breathing (Ventilation) : L'Oxygénation et l'Échange Gazeux
Une fois les voies aériennes ouvertes, il faut s'assurer que le patient peut respirer correctement et que les poumons fonctionnent.
Évaluation Clinique et Paramètres
Inspection : Compter la fréquence respiratoire (une tachypnée > 25 /min ou une bradypnée < 8 /min est alarmante). Observer la symétrie des mouvements thoraciques, l'utilisation des muscles accessoires (tirage) et la cyanose (signe d'hypoxémie avancée).
- Auscultation : Écouter les bruits des deux côtés. Des bruits absents ou diminués d'un côté peuvent indiquer un pneumothorax ou un hémothorax.
- Monitorage : L'oxymétrie de pouls (SpO2) doit être immédiatement mise en place. La cible est souvent ≥ 94 %.
- Gravité : Les lésions potentiellement mortelles à rechercher immédiatement en B sont le pneumothorax suffocant, l'hémothorax massif, et la contusion pulmonaire bilatérale.
Interventions Immédiates et Spécifiques
- Oxygénothérapie : Administrer de l'oxygène à haute concentration (masque à haute concentration avec réservoir) à tout patient en détresse respiratoire ou en état de choc.
- Pneumothorax Suffocant : C'est une urgence absolue nécessitant une décompression à l'aiguille (exsufflation). Un gros cathéter est inséré dans le deuxième espace intercostal, ligne médio-claviculaire, ou cinquième espace intercostal, ligne axillaire antérieure, pour libérer l'air sous tension qui empêche le retour veineux.
- Ventilation Assistée : Si la ventilation spontanée est insuffisante ou inefficace, une assistance par ballon et masque avec oxygène pur est nécessaire en attendant l'intubation.
C. Circulation (Circulation) : Assurer la Perfusion Tissulaire
L'étape C vise à évaluer la capacité du système cardiovasculaire à transporter l'oxygène aux tissus et à corriger les déficits circulatoires.
Évaluation Hémodynamique
- Pouls : Évaluation de la fréquence (tachycardie → choc) et de la qualité (faible, filant).
- Pression Artérielle (PA) : L'hypotension est un signe tardif et très préoccupant de choc.
- Perfusion Périphérique : Évaluation du Temps de Recoloration Cutanée (TRC) et de l'état des téguments (pâleur, marbrures, sudation). Un TRC > 2 secondes suggère une mauvaise perfusion.
- Contrôle des Saignements Externes : Tout saignement externe visible doit être contrôlé immédiatement par compression directe ou l'application d'un garrot si la compression est insuffisante et que le saignement est massif.
Actions et Approfondissement des Types de Choc
- Accès Vasculaire et Remplissage
- Accès : Poser rapidement deux cathéters périphériques de gros calibre (14−16 G). En cas d'échec, l'abord intra-osseux (IO) est l'alternative de choix en urgence.
- Remplissage : Administrer des bolus de cristalloïdes isotoniques (NaCl 0,9%, Ringer Lactate). En cas de choc hémorragique, le recours précoce aux produits sanguins (Concentrés de Globules Rouges) est vital, selon les protocoles de Transfusion Massive.
- La Reconnaissance des Étiologies du Choc
Le traitement définitif dépend de la cause du choc (insuffisance de pompe, insuffisance de volume, ou insuffisance de tonus vasculaire).
| Type de Choc |
Physiopathologie / Cause |
Clinique Typique |
Traitement de Base |
| Hypovolémique |
Diminution du volume circulant (Hémorragie, Déshydratation). |
Tachycardie, hypotension, extrémités froides et pâles. |
Contrôle de l'hémorragie, Remplissage vasculaire (sang ou cristalloïdes). |
| Distributif |
Vasodilatation massive, "fuite" capillaire (Choc Septique, Anaphylactique, Neurogène). |
Hypotension, parfois extrémités chaudes (choc septique initial). |
Vasopresseurs (Noradrénaline) pour le tonus, Remplissage ciblé, Adrénaline (choc anaphylactique). |
| Cardiogénique |
Défaillance de la pompe cardiaque (IDM, Arythmies graves). |
Signes d'insuffisance cardiaque (œdème pulmonaire), hypotension, extrémités froides. |
Agents Inotropes (Dobutamine), Gestion des arythmies, Traitement de la cause cardiaque. |
| Obstructif |
Obstacle mécanique au remplissage/éjection (Pneumothorax suffocant, Tamponnade, Embolie Pulmonaire). |
Hypotension, turgescence jugulaire, signes de l'étiologie. |
Lever l'obstacle immédiatement (Décompression, Péricardiocentèse, Thrombolyse). |
D. Disability (Déficit Neurologique) : L'Évaluation Cérébrale
Le déficit neurologique est une préoccupation majeure car il peut refléter une hypoxie cérébrale, une atteinte structurelle (traumatisme crânien) ou une anomalie métabolique.
- Échelle AVPU : Rapide et essentielle : Alert (Alerte), Voice (Répond à la voix), Pain (Répond à la douleur), Unresponsive (Non réactif).
- Glasgow Coma Scale (GCS) : Score standardisé (maximum 15) évaluant la réponse oculaire, verbale et motrice. Un GCS bas indique un risque accru de détresse respiratoire et d'atteinte cérébrale grave.
- Pupilles : Taille, symétrie et réactivité à la lumière. Une mydriase unilatérale aréactive peut être un signe d'engagement cérébral.
- Glycémie Capillaire : La mesure rapide est essentielle, car l'hypoglycémie est une cause fréquente et parfaitement réversible d'état de conscience altéré.
Action : Administrer du glucose si l'hypoglycémie est confirmée. Maintenir l'alignement de l'axe tête-cou-tronc en cas de traumatisme.
E. Exposure (Exposition/Environnement) : Examen Intégral et Prévention de l'Hypothermie
Cette étape, souvent négligée, est vitale pour ne manquer aucune blessure cachée et pour prévenir une complication iatrogène.
- Exposition Totale : Le patient doit être entièrement déshabillé pour permettre l'examen de toutes les régions (dos, périnée, aisselles) à la recherche de lésions passées inaperçues.
- Prévention de l'Hypothermie : L'hypothermie (température centrale < 35 °C) est un facteur d'aggravation majeur, car elle perturbe la coagulation (coagulopathie), le rythme cardiaque et le métabolisme.
- Réchauffement Actif : Le patient doit être recouvert immédiatement après l'examen. Utiliser des couvertures chauffantes, des fluides intraveineux réchauffés et, si possible, augmenter la température de l'environnement (la salle d'urgence).
Le Concept de Cycle et la Réévaluation Constante
L'approche ABCDE n'est pas une simple liste d'actions à cocher ; elle est un cycle dynamique de réévaluation. Dès qu'une intervention est réalisée à une étape (par exemple, contrôle d'un saignement en C), le clinicien doit immédiatement réévaluer l'état du patient en reprenant l'ABCDE depuis le début. L'état clinique d'un patient grave peut se détériorer rapidement, nécessitant une vigilance continue jusqu'à l'admission dans un service spécialisé (bloc opératoire, soins intensifs).
L'exhaustivité et la rigueur de cette approche sont les garants de la survie du patient, de la première minute de prise en charge jusqu'à l'établissement du bilan lésionnel secondaire.
Le Bilan Secondaire : Anamnèse et Examen Ciblé (Bilan SAMPLE et MIST)
Une fois le patient stabilisé par le bilan primaire ABCDE et les fonctions vitales sécurisées, le clinicien procède à l'évaluation secondaire. Celle-ci consiste en un recueil d'informations plus détaillé (anamnèse) et un examen physique complet de la tête aux pieds.
L'anamnèse, surtout si le patient est inconscient, est souvent recueillie auprès des témoins, de la famille, ou du personnel préhospitalier. Deux acronymes sont universellement utilisés pour structurer cette collecte d'informations cruciales : MIST et SAMPLE.
L’anamnèse est un interrogatoire préliminaire à tout examen clinique. Il est considéré comme un aspect non négligeable de la prise en charge du patient.
Anamnèse : L'Acronyme MIST (Utilisé pour le Traumatisme)
L'acronyme MIST est principalement utilisé par les équipes préhospitalières pour transmettre rapidement des informations vitales aux équipes hospitalières (par exemple, lors du transfert du patient aux urgences). Il se concentre sur les éléments essentiels du traumatisme.
- M - Mechanism of Injury (Mécanisme Lésionnel) : Quel est le contexte de l'accident ? (Ex. : Chute de quelle hauteur, collision frontale à quelle vitesse, écrasement). Cette information oriente sur les lésions internes potentielles.
- I - Injuries Sustained (Blessures Confirmées) : Quelles sont les blessures déjà identifiées ou confirmées ? (Ex. : Fracture ouverte du fémur, suspicion de traumatisme crânien, brûlures).
- S - Signs and Symptoms (Signes et Symptômes) : Quels sont les signes vitaux et les symptômes observés ? (Ex. : Fréquence Cardiaque, Pression Artérielle, GCS, douleur signalée, difficultés respiratoires).
- T - Treatment given (Traitement Administré) : Quels traitements ont déjà été prodigués par les premiers intervenants ou l'équipe préhospitalière ? (Ex. : Pose de voies veineuses, administration de solutés, intubation, sédation).
Anamnèse : L'Acronyme SAMPLE (Utilisé pour le Médical et le Traumatisme)
L'acronyme SAMPLE est plus général et couvre l'intégralité des antécédents médicaux pertinents. Il est essentiel pour identifier les comorbidités qui peuvent compliquer la prise en charge (par exemple, un patient diabétique ou sous anticoagulants).
- S - Signs and Symptoms (Signes et Symptômes) : Quels sont les signes et symptômes ressentis par le patient (subjectifs) et observés par le clinicien (objectifs) ?
- A - Allergies : Le patient est-il allergique à des médicaments, des aliments ou du latex ? Crucial avant l'administration de tout traitement.
- M - Medications (Médicaments) : Quels médicaments prend le patient, y compris les médicaments sans ordonnance, les drogues récréatives et les anticoagulants ? (Les anticoagulants sont une contre-indication relative à certaines procédures).
- P - Past Medical History (Antécédents Médicaux) : Le patient a-t-il des antécédents médicaux ou chirurgicaux importants ? (Ex. : Cardiopathie, diabète, asthme, insuffisance rénale, chirurgies récentes).
- L - Last Oral Intake (Dernière Prise Orale) : Quand le patient a-t-il mangé ou bu pour la dernière fois ? Ceci est fondamental pour l'anesthésie et le risque d'inhalation en cas d'intubation.
- E - Events preceding (Événements Précurseurs) : Qu'est-ce qui s'est passé avant l'urgence ? (Ex. : A-t-il eu des douleurs thoraciques avant la chute ? A-t-il fait de la fièvre avant le malaise ?).