Un homme d'affaires devenu apôtre de l'humanité
Henry Dunant (1828-1910) n'était pas destiné à la médecine ni à la diplomatie. Ce banquier genevois, fervent chrétien et philanthrope, parcourait l'Italie en 1859 pour rencontrer l'empereur Napoléon III pour des affaires commerciales en Algérie. Son destin bascule le 24 juin, lorsqu'il arrive par hasard au lendemain de la bataille de Solférino.
Le choc de Solférino
Sur le champ de bataille, Dunant découvre une scène d'apocalypse : 40 000 hommes gisent morts ou blessés, abandonnés sans soins sous un soleil de plomb. Bouleversé, il improvise des secours avec les femmes des villages voisins, soignant sans distinction d'uniforme ou de nationalité sous le cri de « Tutti fratelli » (Tous frères).
À son retour à Genève, hanté par ces images, il écrit Un souvenir de Solférino (1862). Ce livre ne se contente pas de décrire l'horreur ; il propose deux idées révolutionnaires qui changeront l'histoire du monde.
Les découvertes et innovations conceptuelles
1. La création de sociétés de secours permanentes
Dunant comprend que l'improvisation ne suffit pas face aux catastrophes. Il propose la création, dès le temps de paix, de sociétés de secours composées de volontaires formés pour intervenir en temps de guerre. C’est l’acte de naissance de la Croix-Rouge (fondée en 1863 avec le Comité des Cinq).
2. La neutralité des services sanitaires
C’est sans doute son apport le plus audacieux. Dunant demande que les blessés, les ambulances et le personnel soignant soient considérés comme neutres et protégés par un signe distinctif universel. Cette idée conduit à la signature de la première Convention de Genève en 1864, jetant les bases du Droit International Humanitaire (DIH).
3. Le symbole protecteur : La Croix-Rouge
Pour garantir cette neutralité sur le terrain, il fallait un emblème simple et visible de loin. Inversant les couleurs du drapeau suisse, le mouvement adopte la croix rouge sur fond blanc. Plus tard, le croissant rouge sera également reconnu pour respecter les sensibilités culturelles.
Ce que Henry Dunant a apporté à l'humanité
L'héritage de Dunant est immense et structure encore aujourd'hui la réponse aux crises mondiales :
- L'institutionnalisation du secours : Avant lui, les blessés étaient souvent achevés ou laissés à l'abandon. Aujourd'hui, le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge compte des millions de volontaires.
- La protection des victimes : Les Conventions de Genève protègent non seulement les soldats blessés, mais aussi les prisonniers de guerre et les civils.
- Le premier Prix Nobel de la Paix : En 1901, après des années de pauvreté et d'oubli, Dunant reçoit le tout premier Prix Nobel de la Paix pour son œuvre.
Impact sur la médecine d'urgence et la STAARMUC
Pour la STAARMUC, l'influence d'Henry Dunant est fondamentale. La médecine d'urgence et de catastrophe, ainsi que la réanimation sur le terrain, découlent directement du principe de porter secours "au pied levé" et de manière organisée.
- La chaîne des secours : Le concept de ramassage, de triage et de traitement des blessés, essentiels en anesthésie-réanimation d'urgence, a été théorisé par Dunant.
- L'éthique du soin en situation de crise : L'impartialité prônée par Dunant est aujourd'hui au cœur de la déontologie médicale, particulièrement lors d'interventions en milieu hostile ou lors de catastrophes naturelles.
Le saviez-vous ? Une fin de vie dans l'ombre
Malgré sa gloire initiale, Dunant a fini sa vie dans la solitude et la pauvreté à Heiden, en Suisse, après avoir fait faillite dans ses affaires personnelles. Il a fallu qu'un journaliste le redécouvre en 1895 pour que le monde se souvienne de l'homme à la barbe blanche qui avait sauvé tant de vies. À sa mort, il a demandé à être enterré "comme un chien", sans cérémonie, préférant que son argent aille à des œuvres caritatives plutôt qu'à un monument à sa gloire.