La Réponse des Secours et la Gestion de Crise en Australie : Protocole Face aux Victimes Multiples
L'Australie, bien qu'épargnée par la fréquence des attentats observée dans d'autres régions du monde, dispose d'un système de gestion des urgences et des catastrophes extrêmement bien structuré, basé sur la coordination inter-agences. Un événement comme l'attaque de Sydney (le 14 décembre 2025) requiert l'activation immédiate de protocoles standardisés pour les Victimes Multiples (VM) ou les Incidents Majeurs (Major Incidents), d'autant plus que l'assaut, qui n'a durée de qu'une dizaine de minutes a été particulièrement sanglant (103 coups de feu en 5 minutes et 52 secondes). En effet, selon les autorités policières, les deux assaillants ont tué au moins 15 personnes dimanche, dont des victimes âgées de 10 à 87 ans, et fait plus de 40 blessés. Le bilan a été alourdi par le décès à l'hôpital de la plus jeune des victimes, une fillette de 10 ans, soulignant la gravité exceptionnelle de cette catastrophe humaine.
I. Le Système d'Appel d'Urgence et la Mobilisation Initiale
1. Le Triple Zéro (000)
Le numéro d'urgence unique, le Triple Zéro (000), est le point de contact initial. Il permet de joindre simultanément la Police, les Pompiers (Fire and Rescue), et les Ambulances (Ambulance Service).
Régulation : Dès la réception d'appels multiples signalant un incident violent et grave (tirs, explosion, agressions), le régulateur déclenche immédiatement le protocole Major Incident ou Mass Casualty Incident (MCI).
Alerte Inter-Agences : L'alerte est donnée simultanément aux services de sécurité (Police) et aux services de santé (Ambulances). La rapidité de cette alerte est cruciale pour gagner les minutes qui sauvent.
2. Le Rôle Central de la Police
Dans le cas d'une attaque terroriste active (Active Shooter Incident), la priorité absolue est la neutralisation de la menace.
- Contrôle de la Scène : La Police est la première à arriver et établit un périmètre de sécurité. Seule la zone déclarée sûre et sécurisée (Hot Zone devient Warm Zone puis Cold Zone) est accessible aux équipes médicales non protégées.
- Équipes de sauvetage tactique : Des équipes mixtes (Police armée et Personnel Paramédical) peuvent pénétrer dans la zone Warm ou Hot sous protection pour extraire les victimes critiques ou réaliser des gestes de sauvetage immédiat (Tactical Emergency Medical Services - TEMS).
II. La Réponse Préhospitalière et le Triage Médical
Le système de secours australien repose fortement sur des services d'ambulances paramédicales très autonomes (NSW Ambulance en Nouvelle-Galles du Sud).
1. La Doctrine du Triage (Triage)
L'objectif est de maximiser le nombre de survivants.
- Triage Primaire : Il est réalisé très rapidement sur le lieu de l'incident (la Hot Zone ou Warm Zone) et utilise souvent la méthode S.T.A.R.T. (Simple Triage And Rapid Treatment) ou des systèmes similaires. Les victimes sont classées par couleur :
- Rouge (Urgence Absolue) : Victimes en danger de mort imminent mais récupérables (ex: hémorragie massive, difficulté respiratoire). Elles sont la priorité d'évacuation.
- Jaune (Urgence Relative) : Blessures graves, mais non immédiatement mortelles (ex: fractures complexes, traumatismes sans détresse vitale immédiate).
- Vert (Urgence Différée) : Blessures légères, "marcheurs" (walking wounded).
- Noir/Bleu (Décédé/Mourant) : Victimes décédées ou dont les chances de survie sont nulles au vu des ressources disponibles.
- Soins d'Urgence de Base : Dans la phase initiale, les paramédicaux se concentrent sur les gestes qui sauvent, notamment le contrôle de l'hémorragie par la pose de garrots (tourniquets) et l'application de pansements hémostatiques.
2. L'Organisation du Site de l'Incident
- Le Poste de Commandement Avancé (PCA) : Un point central est établi en zone sécurisée (Cold Zone) où se réunissent les commandants de la Police, des Pompiers et du service d'Ambulance pour coordonner les opérations.
- Le Poste Médical Avancé (PMA) : Il est établi par les services d'ambulances. C'est là que le triage est affiné (Triage Secondaire) et que les victimes reçoivent des soins de stabilisation avancée (analgésie, perfusion, ventilation). C'est le point de regroupement avant l'évacuation.
3. L'Évacuation (Transport)
- Régulation Hospitalière : La régulation médicale joue un rôle critique. Elle doit s'assurer que les hôpitaux récepteurs sont préparés et que la charge de victimes est répartie stratégiquement.
- Destination : Les victimes en Urgence Absolue (Rouge) sont transportées en priorité vers les Centres de Traumatologie de Niveau 1 désignés, qui possèdent la capacité 24/7 de réaliser une chirurgie d'urgence majeure.
III. La Réponse Hospitalière et le Soutien Psychologique
1. L'Activation des Plans Hospitaliers
Dès l'alerte MCI, les hôpitaux activent leurs plans d'urgence (Major Incident Plan).
- Mobilisation du Personnel : Rappel des équipes non essentielles, mobilisation des chirurgiens, anesthésistes-réanimateurs et du personnel infirmier spécialisé.
- Flux de Patients : Les services d'urgence et les blocs opératoires sont réorganisés pour gérer l'afflux. Des zones "tampons" sont créées. Les blessés légers sont parfois déroutés vers d'autres structures pour désengorger l'hôpital principal.
- Chirurgie de Contrôle des Dommages (Damage Control Surgery) : Face à des blessures complexes et multiples (par balles ou armes blanches), les chirurgiens appliquent souvent des principes de Damage Control : intervention rapide visant à contrôler l'hémorragie et la contamination, sans chercher la réparation définitive, afin de stabiliser le patient avant de le transférer en réanimation pour une récupération physiologique, avant une chirurgie définitive ultérieure.
2. L'Importance Cruciale de la Santé Mentale
Un pilier de la gestion de crise post-attentat en Australie, comme ailleurs, est le soutien psychologique.
- Soutien Immédiat : Des équipes de soutien psycho-social (équivalents des CUMP françaises) sont déployées pour fournir les premiers secours psychologiques aux victimes, aux familles, aux témoins et même aux secouristes et personnels hospitaliers.
- Impact à Long Terme : L'Australie reconnaît l'importance du suivi à long terme pour prévenir et traiter le trouble de stress post-traumatique (TSPT), qui peut se manifester des mois, voire des années après l'événement.
3. La Gestion des Média et de l'Information
La communication de crise est gérée par des porte-parole conjoints de la Police et du gouvernement. L'objectif est de fournir des informations exactes et rassurantes, de minimiser la panique, tout en respectant la dignité des victimes.
IV. Le Modèle de Gouvernance de Crise
L'organisation australienne est souvent structurée par État ou Territoire (comme la Nouvelle-Galles du Sud pour Sydney), mais elle repose sur des principes nationaux d’All Hazards (gestion de tous types de dangers).
- Coordination : Le système met l'accent sur la coordination inter-agences sous une seule chaîne de commandement pour l'événement (Incident Control System). Même si la Police contrôle la scène, la coordination médicale reste sous l'autorité du Paramedic Incident Commander.
En conclusion, la réponse des secours australiens à l'attentat de Sydney est un exemple de l'application rigoureuse de protocoles de crise bien établis, où la priorité est donnée à la sécurité des intervenants, au triage rapide des victimes, à la coordination des évacuations et, finalement, à la prise en charge chirurgicale avancée et au soutien psychologique post-traumatique.